Hello,
Une journaliste du Point été présente durant le sotm, elle a pondu ça :
Je n’arrive pas à voir la fin de l’article perso. Si quelqu’un y a accès, j’aimerai bien lire la fin ![]()
Hello,
Une journaliste du Point été présente durant le sotm, elle a pondu ça :
Je n’arrive pas à voir la fin de l’article perso. Si quelqu’un y a accès, j’aimerai bien lire la fin ![]()
en copiant/collant la page, on peut accéder à tout le texte :
Panoramax, le pari français pour une cartographie souveraine face à Google
Réunis ce week-end près de Paris, les artisans de cette alternative à Google Street View, se sont dotés d’une structure indépendante. Derrière ce projet d’ingénieurs et de passionnés, un enjeu ignoré : la propriété des images de nos propres rues.
par
Clara Dealberto
Journaliste
Publié le 04 septembre 2026 à 09h00
Lancé en 2022 par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) et l’association OpenStreetMap France, Panoramax compte aujourd’hui près de 120 millions d’images, soit deux fois plus qu’il y a un an. Image d’illustration.
HELMUT FOHRINGER / APA-PICTUREDESK / APA-IMAGES VIA AFP / PANORAMAX / OPENSTREETMAP / MONTAGE LE POINT CLARA DEALBERTO
Panoramax, la banque française de photos de rues en accès libre, va se doter d’une structure autonome. Ses responsables l’ont annoncé vendredi 28 août, à Champs-sur-Marne, où s’est tenue ce week-end la conférence mondiale d’OpenStreetMap. C’est la première fois que ce rendez-vous du grand projet de cartographie collaborative était organisé en France.
Ce sera « une organisation à but non lucratif basée en France », destinée à porter le projet de manière neutre et à l’ouvrir à l’international. Lancé en 2022 par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) et l’association OpenStreetMap France, Panoramax compte aujourd’hui près de 120 millions d’images, soit deux fois plus qu’il y a un an. L’affaire paraît technique. Elle ne l’est pas.
Lorsque Google photographie votre rue, vous pouvez regarder les images, votre mairie aussi… mais c’est à peu près tout. « On n’a pas le droit de créer une base de données cartographique à partir des photos Street View », explique Florian Lainez, président de la fédération des professionnels d’OpenStreetMap, et chargé du déploiement Panoramax jusqu’en décembre 2025.
Les conditions d’utilisation de Google interdisent d’extraire les images, de les stocker, d’en extrapoler des données. Or c’est précisément ce dont une commune a besoin : recenser ses abribus, ses bornes d’incendie ou ses nids-de-poule suppose de traiter les photos, pas seulement de les consulter. Beaucoup de collectivités le font quand même, observe Lainez. « C’est une pratique largement répandue, mais qui est contraire à la licence d’utilisation. […] Tant que Google ne dit rien, ça va. Mais c’est une dépendance technologique de plus. »
C’est cette dépendance que Panoramax entend réduire, et son principe est simple : n’importe qui peut y verser ses photos, prises au smartphone ou avec une caméra à 360 degrés. Visages et plaques d’immatriculation sont floutés automatiquement par des modèles de détection qui s’exécutent à chaque envoi.
Ce n’est pas de l’intelligence artificielle au sens où on l’entend aujourd’hui, corrige Florian Lainez, mais de la « computer vision », soit de la reconnaissance d’objets dans une image, un domaine de recherche qui remonte aux années 1960. Le logiciel de détection qu’ils utilisent est libre, et les modèles qu’ils ont entraînés publics. Une fois en ligne, les images sont librement réutilisables, y compris commercialement.
Il est évidemment impératif pour un pays comme la France d’avoir une maîtrise de ces données.
Sébastien Soriano, directeur général de l’IGN
Le floutage a toutefois ses limites, et l’objection a été posée vendredi en séance : les visages et les plaques disparaissent, pas les habitudes. En accumulant sur plusieurs années les images d’une même rue, un logiciel peut déduire à quelle heure une maison se vide, quelle voiture stationne le soir… Des informations qui peuvent se révéler sensibles. Plus tôt dans la matinée, les responsables du projet avaient eux-mêmes soulevé une question qu’ils laissent ouverte : combien de temps faut-il conserver ces photos ?
Cette contribution en ordre dispersé a un avantage inattendu sur la méthode industrielle de Google. « Une des grandes forces du projet, c’est de couvrir les zones où Google ne va pas », dit Lainez, qui a par exemple photographié les pistes de ski de Samoëns avec une caméra fixée à un sac à dos. Un contributeur a photographié la Seine depuis une péniche. D’autres travaillent à cheval ou en canoë. Là où les voitures de Google ne passent pas, quelqu’un peut finir par passer.
Une affaire d’État depuis Cassini
Les usages se découvrent ensuite, souvent par les collectivités elles-mêmes. Pour une mairie rurale, explique Lainez, Panoramax remplace la photo prise au téléphone et envoyée par courriel à un collègue. Pour un service technique d’une plus grande ville, c’est un outil de gestion de la voirie, de l’éclairage ou des réseaux.
En Gironde, des équipes ont mis au point une détection automatique des poteaux de lignes électriques. Panoramax pourrait aussi servir à constituer une base nationale des panneaux de signalisation, qui à ce jour n’existe pas.
Reste que l’enjeu dépasse la commodité des services techniques municipaux. Cartographier son territoire n’a jamais été une activité neutre. Sébastien Soriano, directeur général de l’IGN, retrace la filiation : des ingénieurs géographes envoyés à pied à l’époque de la carte de Cassini, puis la vue aérienne, le satellite, le laser aéroporté – et la vue de rue devenue « un élément fondamental de la connaissance du territoire ». D’où sa conclusion : « Il est évidemment impératif pour un pays comme la France d’avoir une maîtrise de ces données. »
Il situe sa prise de conscience en 2017, au salon de l’électronique de Las Vegas, devant des prototypes de robots quadrupèdes équipés de caméras, conçus pour photographier des lieux inaccessibles en voiture. Jusque-là, il voyait dans Street View un service parmi d’autres. Ce jour-là, il comprend que ce qui en était visible n’était « qu’une étape » d’un projet beaucoup plus vaste : « Une espèce de cartographie totale était en train de se faire par la Big Tech. »
Le chemin tortueux vers une alliance décentralisée
Si l’État n’a pas photographié ses rues lui-même, ce n’est pourtant pas faute de savoir-faire. Depuis le début des années 2000, l’IGN avait imaginé puis fait rouler Stéréopolis, un véhicule bardé de capteurs et de lidars. Le tout pour un coût représentant, selon Christian Quest, cofondateur de Panoramax et ancien président d’OpenStreetMap France, un demi-million d’euros de matériel – dont 60 000 euros pour la seule caméra.
Ce qui a manqué, alors, c’était l’argent : « On n’avait jamais trouvé une institution publique pour faire un chèque » afin de cartographier tout le pays, explique Soriano. Cela aurait représenté un coût d’une centaine de millions d’euros avec les méthodes de l’époque.
Le déblocage est venu d’ailleurs. Quest avait bien proposé à l’IGN, dès 2012, de constituer un fonds commun de photographies de terrain, après des « échanges un petit peu piquants » entre l’institut et OpenStreetMap dans la presse spécialisée.
Les cartographes bénévoles marchaient sur les plates-bandes de l’établissement public, qui ne les prenait pas au sérieux. Le projet est resté lettre morte. Puis une entreprise suédoise, Mapillary, a lancé une plateforme de photos de rues partagées sous licence libre. « C’était Panoramax avant Panoramax », résume Lainez, qui en fut l’un des plus gros contributeurs français. Quand Facebook, depuis devenu Meta, rachète Mapillary en 2020, la communauté cherche en urgence une porte de sortie. La parade est trouvée à l’IGN, qui vient de changer de direction et d’ouvrir ses données : s’allier pour construire un bien commun public et décentralisé.
Une vingtaine de serveurs et des disques d’occasion
La leçon du rachat de Mapillary a été retenue : rien n’est centralisé. La raison est aussi comptable : héberger les photos du monde entier se compte en pétaoctets, une charge insoutenable pour un acteur unique.
Cette dispersion sur plusieurs serveurs va de pair avec une frugalité assumée. Quest compare le cloud au fait d’« aller au restaurant tous les jours », confortable mais coûteux. L’achat de son propre serveur revient plutôt à faire sa cuisine. Le serveur d’OpenStreetMap France a une douzaine d’années et n’a coûté quelques centaines d’euros. Si l’addition reste aussi basse, c’est surtout, reconnaît Lainez, « parce qu’il y a des spécialistes qui ont accepté de s’y coller bénévolement, tout simplement ». L’infrastructure tourne sur des logiciels libres, administrés en interne.
Maintenant, il y a des gens qui rédigent des appels d’offres qui viennent nous voir en disant : comment fait-on pour y inclure Panoramax ?
Florian Lainez, président de la fédération des professionnels d’OpenStreetMap
La même logique vaut pour la prise de vue. Google ou Apple font rouler chacun leurs véhicules dans les mêmes rues. Quest défend un modèle inverse, qu’il appelle la photo opportuniste : « Je ne fais pas des kilomètres pour ça, mais comme je fais des kilomètres, j’en profite. »
L’édifice reste fragile. La fraîcheur des images dépend du calendrier des contributeurs : « C’est un projet d’été », reconnaît Lainez – en hiver, la lumière manque et la météo décourage. Personne ne sait non plus quelle part du territoire est réellement couverte : le compteur affiche 1,1 million de kilomètres, mais « c’est un chiffre qui ne veut pas dire grand-chose », assume Lainez. Quand son entreprise photographie les trottoirs de Caen la mer (une communauté de communes, NDLR) pour un diagnostic d’accessibilité, cela s’ajoute par exemple au décompte de la voirie.
Surtout, « le financement a été réduit », indique Florian Lainez sans le chiffrer. Or les coûts augmentent. L’association OpenStreetMap France, qui achète des disques durs d’occasion, a vu leur prix passer d’une centaine d’euros en mai à 300 euros fin août – un triplement en trois mois. Et son serveur héberge bien davantage que la France : contrairement à celui de l’IGN, réservé au territoire national, il accepte les photos prises n’importe où dans le monde. En mai, avec quelques mois d’espace libre devant elle, l’association a lancé un appel aux dons : l’objectif de 8 000 euros a été dépassé fin août.
La dépendance à Google, plaide Lainez, n’est pas qu’une gêne pratique : c’est aussi un manque à gagner. Sa société, Jungle Bus, vend aux collectivités des relevés de terrain – arrêts de bus, trottoirs, mobilier urbain – qu’elle verse dans OpenStreetMap. Quand elle décroche un marché, elle dépose également les photographies dans Panoramax : le client repart avec des images qu’il pourra réutiliser indéfiniment, sans rien devoir à personne.
L’argument a fini par changer de camp. « Maintenant, il y a des gens qui rédigent des appels d’offres qui viennent nous voir en disant : comment fait-on pour y inclure Panoramax ? », raconte Lainez.
Des acheteurs publics qui veulent imposer à leur futur prestataire de publier les photos en accès libre, au lieu de les garder pour lui. C’est le modèle assumé de la trentaine d’entreprises françaises qui vivent d’OpenStreetMap et se sont fédérées fin 2022. Elles vendent la collecte, la formation, l’intégration, la maintenance – pas la donnée. Leur charte éthique leur demande de « publier par défaut tout ce qui ne compromet pas le modèle économique » et de « ne pas se mettre en situation de monopole ou se rendre incontournable ».
Un projet collaboratif et bénévole face aux géants du numérique ? Panoramax fait directement écho au druide à la potion magique de Goscinny et Uderzo (Panoramix, NDLR), tandis que l’application de prise de vue développée par un bénévole s’appelle Baba, comme la vigie pirate d’Astérix. « On est les irréductibles Français », sourit Lainez. Le village a pourtant déjà largement essaimé : sur la vingtaine de serveurs qui font tourner le réseau, trois seulement sont situés dans l’Hexagone. Les autres sont à Taïwan, en Croatie, en Belgique, au pays de Galles, en Argentine ou dans l’Oregon. « C’est un projet mondial qui a commencé en France. »