Article presse: Pour s’affranchir de Google Street View, l’État joue collectif

Un article à propos de Panoramax publié aujourd’hui par Acteurs-Publics:

J’ai aussi republié une vidéo de présentation faite durant Open Source eXPérience à Paris en décembre dernier:


Avec “Panoramax”, l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) a entrepris, à l’été 2022, de constituer une base nationale de photocartographie, en s’appuyant sur la multitude d’acteurs publics mais aussi sur des citoyens volontaires. Une alternative à Google Street View qui promet déjà d’être très utile à de nombreux services publics.

Inspecter la voirie, vérifier l’état du mobilier urbain, recenser les places de stationnement pour handicapés, intervenir sur une armoire de rue pour fibre optique… Le point commun entre toutes ces missions de service public ? Elles s’appuient ou pourraient s’appuyer sur un outil comme Google Street View, soit pour procéder directement à des vérifications à distance, soit pour préparer une intervention physique. Seul problème : il n’existe pas d’alternative digne de ce nom à Street View, et ce dernier limite considérablement les usages possibles de ses précieuses images.

Une idée qui ne date pas d’hier et que porte, depuis déjà dix ans, Christian Quest, contributeur historique de la communauté OpenStreetMap et aujourd’hui en poste à Etalab. En 2020, le rachat par Meta, la maison-mère de Facebook, d’un des seuls vrais concurrents de Google Street View achève de convaincre ce développeur de la nécessité de créer une base de vues immersives libre de réutilisation. L’idée a trouvé preneur auprès de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) et de son premier “appel à géocommuns”, lancé en avril 2022.

“Nous nous sommes rendu compte qu’il n’existait pas de solution gratuite et entièrement ouverte”, raconte Amélie Crépin, co-intrapreneure de la start-up d’État “Panoramax”, le nom donné à cette alternative collaborative et libre à Google Street View. Plutôt que de dresser un cahier des charges et lancer un coûteux appel d’offres pour charger un prestataire de lui constituer une telle base de données, l’IGN préfère soutenir une initiative d’intérêt général. “L’objectif est de développer le socle de cette solution et de permettre ensuite à d’autres de reverser leurs photos dans cette base commune”, poursuit Amélie Crépin, copilote d’une équipe de 8 personnes – dont Christian Quest – dotée d’un budget de 740 000 euros pour 2024.
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Plus de 13 millions de photos ont déjà été prises et reversées, soit autant de points oranges visibles sur la carte de France de Panoramax. On ne peut pas dire que tout le pays ait déjà été couvert en un an et demi, loin de là, mais on peut distinguer des poches orange plus ou moins concentrées, principalement dans les grandes villes comme Rennes, Nantes, Lyon ou Strasbourg. Aucune place au hasard ici. Pour alimenter Panoramax, la start-up d’État se tourne d’abord vers les collectivités locales, qui, pour un certain nombre d’entre elles, disposent déjà d’une banque d’images de leur territoire, commandée à un opérateur privé, pour leurs propres besoins. “Certaines s’en servent pour dresser l’inventaire de leur mobilier urbain, recenser les arrêts de bus, cibler les interventions en matière de paysagisme ou de réseaux télécoms”, énumère Amélie Crépin. Autant se servir et mutualiser les efforts plutôt que de multiplier les déplacements.

À d’autres endroits, les points orange se succèdent sans aucun lien avec la collectivité. C’est parfois le fruit de projets étudiants menés par des universités, ou simplement de contributeurs volontaires qui, munis d’une caméra GoPro ou d’un simple smartphone, sillonnent et capturent leur environnement, à pied, en voiture ou même à vélo.

Mutualiser la collecte de photos

Et pour concurrencer Google, l’État aura bien besoin de toutes les bonnes volontés. Mais il veut avant tout s’appuyer sur les acteurs publics qui sillonnent déjà les rues au quotidien. Au-delà des banques d’images déjà existantes, l’idée est de mutualiser les nouvelles opérations de prises de photos pour couvrir tout le territoire et mettre à jour les photos régulièrement. Des discussions ont été engagées avec les gendarmes et les pompiers, pour installer des caméras sur leurs véhicules et profiter de leurs tournées pour baliser le maximum d’axes routiers.

Autant d’acteurs publics qui peuvent non seulement contribuer à l’alimentation de Panoramax, mais aussi en bénéficier en retour, les gendarmes pour des questions de circulation et de signalisation routières, les pompiers pour préparer des interventions. L’IGN lui-même trouve un intérêt dans ce Street View made in France.“Une base de vues immersives comme Panoramax nous permet de contrôler les données collectées par des sous-traitants sans même avoir à se déplacer”, explique Amélie Crépin. Panoramax se révèle un allié précieux pour contrôler le travail de l’intelligence artificielle (IA), dans le cadre du programme Lidar HD. “L’IA permet de classifier les différents éléments, ici de la végétation, là un bâtiment. Avec Panoramax, on peut donc contrôler qu’il s’agit bien d’une serre et non d’un rocher, par exemple”.
L’intelligence artificielle en renfort

Panoramax n’entend pas seulement rivaliser avec Google Street View, il pourrait même le dépasser sur certains aspects. L’union des forces pourrait ainsi permettre de couvrir des parties du territoire jusqu’ici délaissées : certaines zones rurales, les chemins forestiers, et pourquoi pas les voies d’eau navigables ou même les pistes de ski. Et de développer des cas d’usage parfois insoupçonnés. L’équipe réfléchit déjà à des outils pour faciliter l’exploitation des photos, à grand renfort d’intelligence artificielle.

Un projet mené avec le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) doit ainsi automatiser la détection des passages piétons pour ensuite mieux les sécuriser. Un autre, qui a déjà fait ses preuves, vise à détecter et catégoriser les panneaux de signalisation, par exemple pour recenser toutes les places de stationnement pour personnes à mobilité réduite. La priorité reste toutefois de continuer à alimenter et consolider la base de vues immersives.

Une application mobile est en préparation pour faciliter la tâche des contributeurs et différents chantiers sont menés en simultané, pour s’assurer que les photos versées respectent bien le cadre légal (notamment concernant la vie privée) et ne sont pas hors sujet, ou encore pour clarifier et surtout harmoniser leur format et leur qualité. La start-up doit aussi et surtout créer des indicateurs pertinents pour démontrer l’intérêt de la démarche. Et ainsi garantir sa pérennité.

Emile Marzolf

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Un bien bel article. En espérant que ca fasse des émules. Ca pourrait être pas mal d’avoir aussi un article dans La Gazette des communes.

J’aurai aimé que l’association OpenStreetMap France soit citée comme étant à la genèse du projet Geovisio qui a permis la création de Panoramax. Mais non pas un mot, c’est encore l’IGN qui fait tout. Comme quoi le financement permet de s’approprier 100% du mérite. Bref…

Je pense que c’est aussi l’angle initial de l’auteur de l’article qui veut ça, je n’ai aucun doute qu’Amélie a bien parlé d’OSM… et moi aussi en fournissant le lien vers Géo-communs ? Chiche ! - OpenStreetMap France

C’est la simplification journalistique qui veut ca je pense.

[Edit 17:15] je ne vois pas de mention du côté décentralisé/instances qui est fondamental si on veut comprendre le projet.

Au début du début, Geovisio a été développé par Adrien sur financement de Geovelo. Carto’Cité a financé la carte (Geovelo n’en avait pas besoin), et on a poussé le projet lors de SOTM à Nantes. Mais tout ça c’est déjà de l’histoire ancienne :slightly_smiling_face:

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@cquest est-ce que tu pourrais partager les slides de ta présentation à GoodTech.info ? Je prévois de présenter le projet au groupe géomatique de la SNCF, les axes de développement me seraient bien utiles.

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Merci Antoine pour ce rappel historique plus précis que le mien. De l’histoire pas si ancienne que ça quand même ! Et si pas de Geovisio, pas de Panoramax. Ce qui est en train de m’énerver c’est que maintenant quand je parle de Panoramax avec mes interlocuteurs le premier truc que j’entends c’est “ah oui le nouveau projet de l’IGN”. Et cet article ne vient que renforcer ça. Encore une fois la vision centralisée à la française, à l’opposé des principes des communs que nous défendons ici…

Voilà le PDF : CryptPad

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Et maintenant au tour d’Europe 1…

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